TENET : Nolan aurait-il sombré dans la mégalomanie ?

Tenet divise même au sein de Critique Certifiée, une occasion de donner un second avis sur le film qui peine à faire un malheur aux USA. Ce qui faisait l’évènement est précisément ce qui est le problème : Nolan. Avec Tenet, Nolan est malheureusement à l’exécution de tout, crédité seul scénariste et réalisateur sur le film. Et ça se ressent, l’écriture pèche; les dialogues sont d’une lourdeur autour de la fin du monde, de la menace nucléaire, de la postérité, etc. etc. Nolan est un excellent faiseur d’images, un concepteur original, un technicien très talentueux mais la dramaturgie c’est autre chose. Le problème avec Tenet réside là. A force d’être encensé, aurait-il pris la grosse tête ? En soit, le scénario réputé complexe et incompréhensible ne l’est pas tant que çà. Il s’agit d’un rembobinage temporel en partant du principe que le temps est une boucle. Le concept est intéressant, je le concède. Habitués aux sauts temporels, dans le futur ou le passé, ici l’action se rembobine sous nos yeux, les personnages effectuant leur trajectoire à l’envers. C’est l’inversion. Mais le concept, toujours le concept, aussi innovant soit-il surplombe le récit qui, selon moi, ne parvient pas à accrocher et à émouvoir.
D  E      M  A   R   B   R  E

Pas vraiment d’émotion mais de l’intellect pendant plus de deux heures de film où Nolan nous fait l’exposé qu’il est genre trop brillant, et un peu d’éblouissement quand même niveau effets spéciaux qui en jettent car c’est sur ce terrain que Nolan est véritablement bon. Sinon les personnages ne font que se la jouer « grosse tête » et c’est assez agaçant au bout d’un moment. Beaucoup de blablas insipides qui dénotent une anomalie : la survie de l’humanité ne se résume finalement qu’à séduire la femme, Kat, du BIG BIG méchant Andrei Sator. OK… Autant voir une bonne franchise qui a fait ses preuves dans ce registre, comme James Bond ou Mission Impossible, où la mise en scène de l’action sera forcément mieux équilibrée face aux moments lourdauds de démonstration intellectuelle que chez Nolan pour sûr. Mais je croyais Nolan un peu plus « auteuriste ». Eh bien ici c’est vraiment les deux pieds dans le plat, aucune finesse. Pas franchement une vraie proposition.

Je me fais la réflexion que les films de Nolan que j’affectionne ne sont jamais ses films SF mais plutôt ses films foncièrement réalistes : Memento, le Prestige, Insomnia et Dunkerque. Dans cette veine, j’inclue la trilogie Batman qui est la proposition la plus réaliste qui ait été faite de l’univers du Bat héros dont il a fait un véritable thriller haletant. Oui thriller, drame, Nolan sait y faire avec toute son originalité. Autrement dit Inception, Interstellar et Tenet peinent à susciter en moi de l’émotion. Autant dire que la quête paternelle, en soi, dans Interstellar me laisse complètement de marbre. Pourquoi ? Sur ce genre, Nolan pèche peut-être par orgueil, cherchant à bluffer avant tout le reste. Trop d’ambition, de pression ? Je me demande.

Alors, le monde et sa fin présumée sont réduits, dans Tenet, à cinq personnages : Le Protagoniste, Neil, Kat, Sator et Priya. Pour une problématique aussi ambitieuse, je trouve ce panel d’intervenants (protagonistes, adjuvants, antagonistes) assez pauvre. Ces personnages, en fait, reviennent en boucle ne disant toujours qu’une partie de l’information qu’ils devront sans cesse compléter à chacune de leurs apparitions, un peu comme dans « cold case, les disparus » : l’idée réinterroger plusieurs fois les mêmes suspects. Rien à voir avec du Colombo, où l’intérêt n’est pas qui a tué mais plutôt comment Mr Colombo va le coincer. Bref, je m’écarte du sujet. Dans Inception, à la rigueur, ce n’était pas quoi ou qui ? Mais comment ? C’était clair, on voulait savoir comment l’équipe de Léonardo DiCaprio allait réussir à implanter une idée dans la tête du sujet. Alors qu’ici c’est : qu’est-ce que l’inversion, qui l’a inventé, pourquoi, comment empêcher la fin du monde ? En fait, les questions se multiplient et les réponses apportées en quinconce sont franchement pas très folichonnes : SATOR, SATOR, le Protagoniste, le Protagoniste, la postérité, l’amour, l’humanité peut être, mais plutôt Kat et l’amour surtout. Car finalement, la survie de Kat est presque autant importante que celle de l’humanité. L’attachement du Protagoniste pour Kat est si saugrenue. Mais pas plus que la résolution de l’intrigue, qui malgré tous les efforts incroyables d’inversion mobilisés, se résume à Kat parvenant à tuer à l’arme à feu le grand Sator; sans compter que la tâche hyper délicate de détruire l’humanité est confiée à un seul pauvre sous-fifre, dans un sous sol de je ne sais plus où, neutralisé assez aisément par l’équipe de Neil et du Protagoniste. Erf tout çà pour çà ! Un concept certes, mais un problème d’écriture…

Christopher Nolan au centre
Q  U  E  L  Q  U  E  S     M  O  M  E  N  T  S     D  E     K  I  F  F  E

Les moments qui mettent visuellement en exergue l’idée de « palindrome » temporel (Tenet) constituent les meilleurs moments du film. En même temps, c’est le sujet du film. Quand les temporalités s’entrecroisent, c’est visuellement délirant et vraiment bien exécuté. Chapeau !

Ce sont les moments de pur kiffe du film, de plaisir spectatoriel où tout devient clair. Le Protagoniste l’est dans une temporalité et dans une autre. De fait, on découvre qu’il se confronte au lui-même d’une autre temporalité. Neil s’avère être son élève, renvoyé pour garantir que son maitre devienne bien ce qu’il est, c’est à dire le Protagoniste. Le côté où tout ce qui doit arriver, doit arriver, et où Neil et le Protagoniste sont les gardiens à l’infini du destin en quelque sorte. Bon tout çà c’est bien surtout quand on l’appréhende par le visuel. Trop de dialogues sont superflus et trop de scènes sont redondantes. Pas besoin de nous prendre à ce point par la main, Nolan quand même ! Et la méthode de « l’arbre secoué » de Chaplin tu en fais quoi ?

Terme que lui suggère Cocteau : agiter l’arbre pour qu’en tombe tout ce qui n’y est pas bien attaché, le superflu. La théorie est que chaque situation doit être au service de l’histoire racontée. Si une scène est redondante, dissonante, et un crée un problème par rapport à l’intégralité du récit même si elle est très bien, il ne faut pas hésiter à la sacrifier. Elles tombent d’elles mêmes par rapport à l’ensemble. Les scènes qui restent ont de fait un enjeu. La pantomime très scénaristique, basée sur le jeu du corps et les situations concrètes, était l’art de Chaplin. Toute la force du récit était de traduire visuellement. –

« Charlot tente de dégager un bout de bois coincé dans le grillage d’un trottoir dans cette scène coupée des Lumières de la ville (1931). Cette séquence de sept minutes fut tournée en sept jours mais Chaplin décida de ne pas la garder dans le montage final. Presque quarante ans plus tard, lorsque Richard Meryman l’interviewa, Chaplin évoqua cette belle séquence avec un immense plaisir : ‘C’était merveilleux’, dit-il. Il se souvenait de tout et put la rejouer. Sa décision finale prouve seulement que la prolixité de ses inventions durant la création d’une histoire n’avait d’égale que son obstination à ‘secouer l’arbre’ – à éliminer impitoyablement ce qui pouvait distraire de l’essentiel.”

Scène coupée des Lumières de la ville – Charlie Chaplin

Dans Tenet, l’arbre n’aurait a priori pas été secoué. Mince.

Le Protagoniste et le Protagoniste (John D Washington)
C  O  N  C  L  U  S  I  O  N

En conclusion, j’admets être déçue par le film peut-être parce que j’en attendais tellement, tout en sachant que niveau SF Nolan ne me séduit pas. Je mentirais si j’affirmais que ce n’est pas un bon film d’action. Mais ce n’est tout de même pas un grand film du genre. Il y a des moments d’ennui, de lourdeur, à déplorer. Une intrigue globalement assez pompeuse et fade à la fois pour le coup. Voilà pourquoi je lui attribue la note de 4,5/10, symboliquement en dessous de la moyenne, pour appuyer ma déception.

Leslie, une fan de cinéma à qui on n’a rien demandé mais qui donne son ****** d’avis quand même.

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