HIGH LIFE : une odyssée de l’espace unique.

J’ai honte de l’avouer mais je viens seulement de découvrir « High Life » et je dois le dire, même si je suis très, très, en retard, je ne peux laisser passer l’occasion d’analyser ce film pas comme les autres avec un Robert Pattinson hypnotique (que nous retrouverons, à mon grand plaisir, en qualité de Batman dans le film de Matt Reeves qui sortira en 2021. Oui j’y crois car qui de mieux après Christian Bale que cet acteur bourré de talent – il l’a déjà prouvé, si on lui pardonne Twilight, avec Cosmopolis de Cronenberg et Good Time – pour incarner ce gosse de riche torturé qui se fait justicier masqué…). Alors High Life c’est une expérience sensorielle et organique de l’humain depuis le prisme de l’errance spatiale. Ce qui est intéressant c’est que l’infini devient justement l’incarnation de la vanité, de la perdition, du vide, du manque mais aussi des excès qui se trouvent dans l’Homme. Une proposition auteuriste comme celle-ci (originale, inattendue) sur fond de film spatial, mainstream ces dernières années, avait tout pour déplaire mais est, à mon goût, captivante et nous mène dans un ailleurs de l’ailleurs interstellaire si monnaie courante. Il s’agit d’un film placide emprunt par sursaut de scènes violentes, d’autant plus violentes qu’elles donnent un coup de jus au rythme relativement lent du film mais envoûtant, hypnotique mais loin d’être soporifique – vous saisissez ?

C  A     P  A  R  L  E     D  E    Q  U  O  I   ?

Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale, en dehors du système solaire, visant à extraire l’énergie des trous noirs au bénéfice de la Terre. Mais ils comprennent vite qu’il s’agit en réalité d’une mission suicide de laquelle il n’a jamais été prévu qu’ils reviennent. Ils se retrouvent donc, de nouveau, face à leur condition de prisonnier dans un vaisseau spatial de la taille d’une boite à chaussures errant dans l’infinité de l’espace…

High Life est le 1er film américain de Claire Denis. C’est pour le moins une expérience hors du commun, angoissante, troublante, fascinante qui évite les écueils des films des réalisateurs français qui s’exportent aux States et cherchent à faire « américain ». Il s’agit d’un vrai film d’auteur ambitieux et expérimental avec un parti-pris audacieux et propre à son auteur. Je respecte cette tentative d’exprimer par l’image. C’est du pur cinéma ! Le cinéma, ce n’est pas seulement ressortir du film avec ce sentiment d’avoir tout compris… le cinéma, c’est de l’art. C’est fugace, abstrait, troublant… on ne saisit pas toujours bien ce que l’auteur à voulu nous dire mais les images nous restent dans la tête ; on se questionne, on sent bien qu’il s’est passé quelque chose, qu’on a vécu une expérience visuelle et narrative unique (oui High Life est un film narratif) de laquelle on ressort parfois même avec l’envie de vomir – un peu comme après un très bon manège ou un happening ! Bref, en disant çà je m’éloigne…

High Life c’est plus qu’un film où Robert Pattinson passe le temps à jardiner. On en revient à l’essence même de la vie de l’Homme mais à des années lumières de la terre : planter, récolter ce qu’on a semé, se nourrir de sa récolte, déféquer, faire l’amour ou plutôt baiser voire simplement jouir dans une machine « fuck box » pour extraire du sperme, tenter de reproduire la vie et d’élever sa progéniture. Il y a d’ailleurs une très belle scène où on assiste aux premiers pas – dans l’espace – du bébé du personnage incarné par Robert Pattinson.

High Life c’est un film organique ; un film de fluide où ça suinte, ça transpire, ça éjacule, ça saigne. Tout est très élémentaire, brut (le sexe aussi donc), dépourvu des considérations superflues de notre époque et de nos sociétés avec la technologie et internet. La place est faite aux éléments naturels (à la terre, aux liquides…). Claire Denis dépouille l’espace et les technologies élaborées pour le sillonner : le vaisseau est archaïque et isolé (impossibilité de communiquer en temps réel avec la terre). Les schémas représentant le vaisseau s’approchant du trou noir sont très peu détaillés et ne contiennent aucune donnée. Le vaisseau est conçu comme une boite en carton au milieu de ce qui aurait pu tout aussi bien être les abysses de l’océan que l’espace, tant la perspective de l’espace est quasi nulle ; il ne s’agit bien souvent que d’obscurité.

Les personnages déchantent et se rendent compte que leur mission est une imposture. Les couloirs et les murs du vaisseau sont en fait ceux d’une prison d’un autre type. La quête spatiale n’a ici rien de spectaculaire mais est montrée comme une pure vanité. Ils pensaient redorer leur image en devenant des héros de la conquête spatiale mais il n’en sera rien. Ils en viennent donc à s’entretuer, rattrapés par leur instinct primaire – l’homme n’est, en gros, rien de plus qu’un animal. Il s’agit avant tout d’une expérience exacerbée de l’humain : pourrait-on obtenir un autre résultat si on plaçait ces individus (ces rebus de la société) dans un autre environnement que leur environnement naturel, dépouillé, à l’aube de l’humanité ? La réponse est non, quoi que… à quelques exceptions près. L’espace est un prétexte, une toile de fond, à l’expérience : la 1ere séquence du film en témoigne avec Pattinson qui répare une pièce sur le toit du vaisseau avec une facilité déconcertante quand ce qui nous focalise vraiment est qu’il surveille en même temps un bébé à l’intérieur. L’espace est un prétexte à l’expérience visuelle notamment. Claire Denis a fait appel à un plasticien, Olafour Eliasson, pour représenter les trous noirs, images puissantes et d’une extrême beauté. L’espace tel qu’on ne l’avait jamais vu se résume aux ténèbres et à la lumière ; et parfois à des sortes de visions psychédéliques. La photo en général de ce film est magnifique. On est happé par les images.

Alors même que le film expose le vide, l’errance et le désespoir dans l’Homme dans une atmosphère claustrophobique qui étouffe (on se sent enfermé dans le vaisseau même s’il y a des séquences de flashback sur la terre. On ne respire pas l’infini) et vertigineuse d’effets visuels qui angoisse plutôt que de faire ressentir l’espoir (que représentent habituellement l’espace, ses planètes et ses galaxies inexplorées pour la survie de l’espèce humaine) les derniers cobayes Robert Pattinson et sa fille qui a grandi (les spécimens les plus solides) en viennent paradoxalement à se raccrocher au trou noir lui-même. Leur trou noir intérieur les a conduit à retrouver littéralement espoir en le trou noir qui devient une source de lumière, un objectif salutaire pour eux qui désirent quoi qu’il en soit accomplir leur mission, comme un aveu et une acceptation de ce qu’ils sont par nature finalement. C’est ici l’intériorité de l’humain qui donne sens à la toile de l’image qu’est l’espace : ses excès, ses abus, ses désirs, ses aspirations (contrariées), ses peurs, ses manques, son vide et finalement son salut.

P  A  T  T  I  N  S  O  N     &    B  I  N  O  C  H  E

Claire Denis réunit ces deux acteurs et c’est de nouveau hallucinant. Leur personnage sont aux antipodes l’un de l’autre. On a d’un côté le personnage de Juliette Binoche qui est une sorte de scientifique malfaisante obsédée par la reproduction, qui se lâche complètement, laisse pousser ses cheveux et s’adonne au plaisir sans restriction dans la « fuck box » tandis que celui de Robert Pattinson est dans le contrôle total, rase le moindre de ses poils et fait l’abstinence. Pour autant, le seul contact charnel entre les deux, non consenti chez l’homme, sera à l’origine de la vie au sein même du vaisseau. Strange ! Notons d’ailleurs que le film met en avant les rapports de force entre l’homme et la femme, et leur essence respective : l’homme usera de sa force pour abuser et obtenir ce qu’il veut tandis que la femme usera de tromperie et de manipulation… Il y a deux séquences de viol dans le film : une tentative de viol perpétrée par un homme sur une femme qui finit par la violence et le meurtre, et le viol du personnage de Robert Pattinson par celui de Juliette Binoche qui aboutit à la naissance, à la vie. Strange encore ! Il n’y a aucun rapport sexuel consenti. A réfléchir…

C  O  N  C  L  U  S  I  O  N

On peut aimer ou détester High Life selon notre sensibilité aux images et à l’histoire mais il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un film qu’on ne peut pas oublier et qui sort de toute évidence du lot. Tout est imparfait oui, l’homme, l’espace, le film… et à ce bel aveu d’imperfection, j’attribue la note de 7,5/10. Voila qui est fait. Tschüss !

Leslie, une fan de cinéma imparfaite mais honnête.

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