En 1892, le Captitaine Joe Blocker (Christian Bale), un ancien héros de guerre, est contraint d’escorter, sur ordre du Président, Chief Yellow Hawk (Wes Studi), un Chef Indien frappé par le cancer, sur ses terres du Montana pour son dernier souffle. Sur le chemin, ils récupèrent Rosalee Quaid (Rosamund Pike), unique rescapée d’une violente attaque des Comanches durant laquelle toute sa famille est assassinée. Hostiles est le long cheminement du pardon et de l’expiation des péchés. Fouiller en soi-même pour trouver la force de se pardonner ses fautes et de pardonner à l’autre le mal qu’il nous a fait. Le moment clé du film est celui où Chief Yellow Hawk dit à Joe Blocker : « Tu as perdu beaucoup d’amis. J’ai perdu beaucoup d’amis. Mais nous allons tous mourir un jour. ». En somme, tout le monde finit par payer son tribut. Le colon a blessé l’Indien et l’Indien a blessé le colon. Ils se sont fait la guerre et cette guerre a laissé des traces et une haine profonde qui pèse de tout son poids. Joe Blocker est un homme qui accomplit toujours son devoir mais qui est fatigué et écorché à cause des horreurs qu’il a vues et qu’il a perpétrées. Il n’a plus l’énergie ni la force de porter cette haine, contrairement au personnage incarné par Ben Foster. Le film rappelle souvent ses exploits meurtriers mais pour autant l’homme que nous avons sous les yeux semble bien loin de tout cela. Justement cela fait partie du passé car le monde lui change et évolue à une rapidité incroyable comme si rien n’avait jamais eu lieu mais les souvenirs et l’impact psychologique de ce passé sanglant en sont les traces indélébiles.

La guerre n’est que politique pour ceux qui n’ont pas payé pour elle le prix du sang. Voilà que le gouvernement, ayant décidé de passer à autre chose, ordonne à celui qui a tout sacrifié dans la guerre contre les Indiens, voire son humanité, d’acheminer celui qui fut autrefois son adversaire, peut-être l’un des derniers Cheyennes, sur le territoire de ses ancêtres. Débute ainsi une douloureuse et dangereuse traversée, de paysages américains magnifiques mais hostiles, de la repentance et de la réconciliation presque inimaginable. Ce sera pour le personnage de Rosamund Pike un long processus de deuil. Joe Blocker et Rosalee Quaid vont tenter de vaincre leurs démons (de la culpabilité, de la mort, de la colère) pour aborder une nouvelle vie de laquelle pourra émergée la paix et pourquoi pas ensemble. Au fond les crimes de Joe lui pèsent aussi, même s’il tente parfois de se dédouaner en répétant qu’il n’a fait que son travail. Il croit, sans doute, qu’il n’a pas droit à une autre vie. C’est pourquoi, la fin du film est selon moi magistrale. Joe Blocker choisit d’abandonner le poids de son ancienne vie, marquée par les ordres, – Rosalee le rassure « Vous êtes un homme bien. » – pour nous offrir une fin de cinéma mémorable ! Pourquoi toujours cette bonne vieille frustration en quittant des personnages dans leur orgueil et leur obstination à ne pas pardonner et ne pas changer, comme dans Autant en emporte le vent, alors qu’ils s’aiment ? Donc oui, l’espoir est permis lorsque l’obstination se plie à la résolution du changement. Les choses anciennes sont passées et toutes choses sont devenues nouvelles. Hostiles est le chemin de croix de Joe pour l’expiation de ses péchés. Si la haine rend captif, le pardon lui est libérateur. Le scénario est donc très bien élaboré car, au début, Joe emprisonne justement des Indiens mais c’est lui qui est captif. Alors si, à la fin, l’âme des Etats-Unis est loin d’être sauvée celle de Joe l’est et c’est une belle consolation. 

UN MERVEILLEUX FILM CONTEMPLATIF PORTE PAR UN TRÈS GRAND ACTEUR  

Il y a dans ce western tragique quelque chose de christique dans la force esthétique de l’image (dans sa photographie), sans parler qu’il s’agit du chemin de croix du personnage à travers le désert américain. Joe Blocker est croyant et lit la Bible. L’homme n’est rien face au divin – de paysages qui le surplombent, étaient là bien avant lui et seront là bien après. Grâce aux magnifiques plans larges, cela est perceptible. On ne peut ignorer le divin et la justice toujours si près de s’abattre à chaque pas – « Nous allons tous mourir un jour » dit Chief Yellow Hawk – par l’aspect contemplatif du film. Que ce soit Dieu pour les colons ou simplement la Nature pour les Indiens, notamment dans les scènes de messes funérailles, cela est évoqué. « Croyez vous en Dieu ? » demande Rosalee à Joe avant de poursuivre « Moi, je suis forcée d’y croire. ». Et c’est tout le paradoxe du mythe fondateur américain : Nation croyante, prêtant serment sur la Bible, et pourtant forte d’un passé criminel.

Ce film est un merveilleux tableau mélancolique d’une époque de l’histoire des Etats-Unis empreinte de remords, de souffrances et d’amertume, à la façon d’un Munch avec un personnage noyé dans de grands espaces. Le film prend le temps, de la lourdeur, et c’est bien car c’est là tout le propos. Les cadres structurés et l’esthétique de l’image sont à l’opposé de la complexité et de la tortuosité des personnages – rien n’est jamais tout blanc ou tout noir – mais se dégage une émotion esthétique qui en est l’expression. La peine est mêlée à la colère et parfois au désespoir. L’intériorité des personnages rejaillit sur la toile de l’image. Le film est porté par un très grand Christian Bale – c’est vraiment le cas de le dire – qui, en dépit de son passé et de sa haine, inspire la confiance, la sécurité et la responsabilité. Son personnage sort de l’archétype et prend du relief ; l’être humain est complexe et difficile à cerner. Il n’est pas buté et se montre intelligent lorsqu’il s’agit d’affronter un ennemi commun, les Comanches, en acceptant de détacher ses colis Indiens malgré la haine qu’ils lui inspirent. Peu à peu se révèle un être très humain avec un cœur sous sa tenue de fonction. Christian Bale perce l’écran car l’amertume qui est la sienne devient la notre. Ce sentiment inextricable s’échappe de son interprétation et de celle de Wes Studi également. Sa pudeur à exprimer ses sentiments et ses efforts pour contenir sa souffrance en disent beaucoup. Sans trop en faire, tout passe avec brio. Son visage si torturé suffit à exprimer. Son jeu est mesuré et juste. Les quelques moments de craquage nous déchirent d’autant que l’on sait son personnage non expansif.

C O N C L U S I O N

Rien que pour la performance de Christian Bale, je vous dirais d’aller voir ce film. Oui si j’étais Rosalee, moi aussi je serais restée avec lui. C’est un film très humain et touchant qui est de plus magnifiquement réalisé. La BO du très grand Max Richter nous transporte. En gros, c’est le meilleur film que j’ai vu cette année. La fin – WAOUH – est une fin de cinéma bouleversante et majestueuse ! Moi j’achète ! En somme, allez voir ce western tragique d’une telle simplicité dans la sensibilité.

Leslie.

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