le site des fans qui donnent leur p***** d'avis
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ANTEBELL√M: Pourquoi ?!?! [Alerte spoiler]

Antebellum, thriller horrifique sur le sujet du racisme – obligé avec Jordan Peele comme producteur qui en fait son genre et son sujet de prédilection – est écrit et réalisé par Gérard Bush et Christopher Renz. Il y a comme chez « Us » un problème de traitement. Même si Jordan Peele en est le producteur, c’est à croire que depuis « Get Out » il n’arrive plus à flairer les bons coups niveau films, car sa série « Lovecraft Country » obtient de bonnes critiques. Encore une fois ici, Antebellum n’est pas franchement horrifique, ni un thriller qui surprend, mais plutôt un film social, à thèse. Du coup, si la thèse est quelque peu emphatique, le film prend le risque de devenir barbant.

P  O  U  R  Q  U  O  I    ? ? ? ?

La question qui me taraude après le visionnage du film est Pourquoi ?! Je ne comprends toujours pas la pertinence du film même si, bien sûr, la pertinence du sujet est évidente : le racisme systémique. En effet, tellement évidente que les scénaristes/ réalisateurs s’égarent à mon sens. Oui, on ne traitera jamais assez du racisme tant que la société n’aura pas réellement évolué mais cela ne dédouane pas de le faire avec justesse et minutie.

Le synopsis : Véronica Henley est kidnappée par une « confrérie » raciste qui la ramène dans des champs de coton, à Antebellum. Un espace méconnu des autorités et du gouvernement, où la période de l’esclavage a été reconstituée. Des racistes comme Elizabeth ne veulent pas lâcher le morceau les Yankees n’auraient pas du gagner au point de parvenir à retenir prisonnière une certaine quantité de noirs dans leur bulle temporelle en plein 21ème siècle.

Bien entendu ce n’est pas présenté comme ça, étant donné qu’on le découvre par un twist au milieu du film. Comment dire ma déception ? J’aurais largement préféré que les scénaristes/ réalisateurs usent du fantastique pour explorer ce retour en arrière plutôt qu’il s’agisse d’un traitement réaliste avec la reconstitution d’une plantation de coton pendant la guerre de sécession où les racistes retiennent captif le personnage principal, Véronica, une auteure à succès et militante pour les droits des noirs et surtout des femmes noires ; raison pour laquelle elle retient l’attention abjecte de ses futurs tortionnaires horripilés par le progrès et l’ascension de la communauté noire.

Janelle Monae (Véronica Henley)

Au delà de dénoncer la persistance malsaine d’un système encore profondément raciste à empêcher le progrès et à bafouer les droits des noirs, matérialiser l’idée que des noirs pourraient encore aujourd’hui être réduits en esclavage, tel qu’il est conceptualisé dans les années 1860, me choque d’autant plus. Les noirs débarqués sur le sol américain n’avaient aucunement les moyens de se défaire de leur captivité. Enchainés, humiliés, déracinés, arrachés à leur famille dans un pays étranger… comment fuir, où fuir, comment rentrer et avec qui ? En sachant, l’esclavage totalement légalisé. Au fur et à mesure, des rébellions s’organisent bien qu’elles finissent en massacres mais elles propagent l’espoir et l’appel de la liberté pour tous les désormais afro-américains. Crescendo l’économie de la haine s’étiole et l’heure du XIIIe Amendement sonne. Mais il y aura encore après ce grand évènement une lutte pour les droits civiques qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Tout a été la conséquence d’une longue et progressive évolution de la société et des mentalités, toutes races confondues, et d’une lutte acharnée qui ne peut être remise en question par des : « pourquoi l’esclavage a t-il duré si longtemps ? ». Les noirs américains de notre époque sont les fruits de la transmission d’une histoire violente. Ayant goûtés à la liberté, bien que relative, ils ne pourraient se laisser à nouveau réduire en esclavage, tel qu’il a existé, dans le monde actuel. En soumettre l’idée est, à mon sens, annihiler l’Histoire. C’est pourquoi, cette proposition de retour en arrière autrement que par le fantastique où les noirs seraient renvoyés en 1860 par ex. que les scénaristes/ réalisateurs trouvent ingénieuse, si bien que le trailer encourage à ne pas se spoiler la fin, me paraît maladroite et inutile tant il y a d’autres choses à montrer. L’objectif n’étant sans doute pas d’offenser, je me demande bien ce qu’ils ont voulu dire [que l’esclavage existe encore sous une autre forme. Oui mais alors ne concerne plus seulement les noirs ; Un esclavage institutionnalisé où les prisons ont remplacé les champs de coton (cf. le formidable « La Voie de la justice »). Oui c’est vrai mais alors le parallèle n’est pas fait ; De l’incompétence d’un gouvernement qui ferme les yeux quant aux actes racistes réservés aux noirs, au point que le noir qui veut s’en sortir doit y arriver par son courage et sa seule volonté ? Mouais] car on pourrait y voir une critique de la communauté noire qui ne parviendrait pas vraiment à s’organiser et faire force commune.

Dans le film, il ne s’agit pas seulement d’un noir qu’on aurait privé de sa liberté mais de plusieurs noirs présents dans les champs de coton se résignant à la servitude. L’image est agaçante et ne permet pas de questionner le passé/ présent pour mieux envisager l’avenir. Au contraire, elle laisse totalement perplexe. Pourquoi des noirs, en nombre, se résigneraient après avoir connu la liberté, quand d’autres par le passé ne l’ayant jamais connu sur le sol US ont été jusqu’à mourir pour elle ? Seule une guerre sans merci aurait du avoir lieu.

L  A     D  R  A  M  A  R  T  U  R  G  I  E

Le film est assez plat en terme de structure. Il n’y a pas vraiment d’intrigue ni de montée en tension propre au thriller, de péripéties qui contrarient l’objectif final du héros (ici s’évader) et projettent que tout semble perdu. Le film passe un temps fou à surenchérir les scènes de violence, de souffrances infligées aux noirs, alors qu’ici normalement l’idée n’est pas de relater l’esclavage qu’on appréhende largement grâce à de bien meilleurs films consacrés proprement à ce sujet mais de nous surprendre, tel qu’annoncé dans le trailer, par un revirement de situation. La première partie qui se déroule dans le camp d’Antebellum est assez longue, la quasi moitié du film, et est peu pertinente. Puis le twist survient au milieu mais est trop longuement développé, ce qui fait redescendre la tension. Dans cette seconde partie, on découvre la vie de Véronica ; sa vie de mère, de femme pensante et indépendante avec des scènes entre copines notamment pas franchement utiles à la narration. La scène de son altercation avec le présentateur télé blanc suffit à faire comprendre qu’elle soit ciblée par Elisabeth et sa bande de xénos. Or ils y ajoutent couche sur couche. Chaque scène de cette seconde partie est tributaire de la thématique raciale et n’a d’autres reliefs. Elles font certes intervenir l’étrangeté et un climat d’angoisse (rien de bien horrifique) jusqu’à l’enlèvement de Véronica mais ça se dissipe assez vite puisqu’une ellipse nous ramène aussitôt avant le twist.

La dernière partie, consacrée à la résolution du récit, voit enfin apparaître l’objectif d’évasion de Véronica. Cet enjeu est d’ailleurs suggéré dès la séquence d’exposition, très bien filmée en un faux long plan séquence, qui se solde par une exécution très violente, ce qui présageait de la difficulté de la tâche. Finalement, une longue attente s’en est suivi (justifiant même le suicide du personnage de Shoshanna, une noire kidnappée et larguée à Antebellum) pour voir enfin arriver ce moment de tension qui s’essouffle également très vite car ne consiste qu’à subtiliser un portable. OK… ça tombe un peu comme un cheveux sur la soupe. Véronica récupère le portable et réussit à envoyer sa localisation avec quelques difficultés mais assez rapidement quand même, puis se débarrasse dans le dernier quart d’heure de tous ses opposants. Cette facilité scénaristique démontre bien qu’il était davantage question pour les scénaristes/ réalisateurs d’exposer une thèse mais laquelle ? que de susciter une émotion esthétique et de divertir en faisant du cinéma de genre.

Les personnages manquent malheureusement de profondeur surtout ceux des méchants. Le personnage d’Elisabeth (interprété par Jena Malone) pourtant au centre de cette machination diabolique est oublié sur une bonne partie du film en faveur de personnages secondaires moins intéressants utilisés à seule fin de maltraiter les noirs. Elle revient sur la fin mais ses motivations restent flous. Dommage, car ça avait toute son importance. La séquence de libération, en slow motion notamment, est exagérée et s’arrête aussi nette. Le personnage central de Véronica, déjà leader, a t-il subi une réelle transformation ? En quoi son état de départ a t-il évolué à la fin ? Nous ne le saurons pas puisque la fin est surtout un exercice de style plus qu’une construction narrative, or la narration est avant tout l’art de la transformation.

C  O  N  C  L  U  S   I   O  N

Antebellum de Gérard Bush et Christopher Renz est pour moi tristement superficiel comme son motif papillon. Un film qui, selon moi, manque sa cible. Je finirais par cette citation :

Raconter a pour essence de narrer une transformation c’est à dire de rendre sensible une évolution, un changement, un devenir : le plus classiquement ce sera celui d’un ou plusieurs personnages. […] Le principe de la « transformation » est comme le plus petit dénominateur commun à toutes les formes narratives. […] Un scénario est toujours l’histoire d’un vieillissement ou d’un rajeunissement, il est un devenir quelque chose en tout cas.

http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2004.boully_f&part=89111#Noteftn453

Leslie, une fan de cinéma à qui on n’a rien demandé mais qui donne son p***** d’avis quand même.

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